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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 18:25

VICTIMISATION

Je désire approfondir la question alentour de ces personnes dont on remet en question l’honnêteté dans la perspective des abus de l’aide sociale et des indemnités payées durant des années à des personnes suspectées d’être des profiteurs du système social (sans pour autant remettre en question qu’il y ait effectivement des personnes assez effrontées pour le faire).

Lorsqu’il s’agit vraiment de victimes de maltraitances (violences et /ou agressions sexuelles souvent continues) dans l’enfance, je suis en mesure d’assurer que la dévalorisation personnelle peut atteindre des abîmes insondables. Il ne s’agit d’ailleurs plus de dévalorisation mais de destruction approfondie de l’identité, de l’essence humaine elle-même.

De nombreux livres de victimologie reprennent ces cas et insistent aussi sur cet aspect. Dans certaines familles dysfonctionnelles, la destruction psychique de certains enfants devient, plus souvent qu’on ne l’imagine, une organisation systématique. La violence physique est souvent ajoutée à des appropriations incestueuses à tel point qu’on peut se demander si ces comportements ne servent tout simplement pas qu’au plaisir de soumettre et d’esclavagiser l’enfant.

Les romans de Charles Dickens semblent d’une autre époque où l’inconfort matériel accentuait le ton misérabiliste mais il ne faudrait pas se tromper là-dessus : la présence des électro-ménagers, de l’eau courante et du chauffage central, ne modifie pas les comportements humains et le fait de vivre en Occident ne réduit pas la perversité de certains parents, géniteurs ou non, qui dissimulent souvent sous un vernis social prestigieux une âme plus noire que les démons  dostoïevskiens.

Il faut aussi compter avec la résurgence des traumas à des âges adultes, du SSPT (Syndrome de Stress Post Traumatique) et les états dépressifs ou les dépressions cliniques qui s’installent, avec à la clé justement, des phobies mais aussi une vulnérabilité psychique avec laquelle de nombreuses victimes survivent dans des équilibres miraculeux entre le désir de survie et la tentation omniprésente du suicide.

J’imagine que les psychologues qui pratiquent depuis de longues années l’écoute de victimes diverses peuvent juger de l’à-propos de mon intervention. Les traumas peuvent s’accumuler au long d’une existence, comme le livre Les sources de la honte de Vincent de Gaulejac  (chez Desclée de Brouwer - ISBN 2-220-03823-8 – 1996) l’indiquait déjà : différentes sources de honte s’accumulent à partir d’origines éventuellement éparses pour former une sorte de kyste de honte qui, se mêlant à une culpabilisation à son paroxysme, rendent l’individu socialement indigne à ses propres yeux, définitivement incapable de tout apprentissage ou de toute réinsertion sociale.

Là-dessus viendront se greffer différentes affections d’ordre viscéral, particulièrement si la victime a subi des agressions sexuelles incestueuses : dans ce cas, les médicaments ne sont plus efficaces et les symptômes ne renvoient même pas à des lésions avérées (ou pas encore). Cela semble toujours peu crédible au regard de personnes bien portantes qui ont, de manière bien compréhensible, beaucoup de mal à percer ou à évaluer la réalité de tels états de qualité de vie.

Il est plus facile de comprendre qu’un tétraplégique ou qu’un polio ne puisse se rendre au travail ou sortir de chez lui et certaines / certains me diront peut-être « on ne va pas comparer ! » Et pourtant, l’invalidité psychique peut être davantage handicapante qu’une invalidité physique. Des malades ou des blessés me l’ont affirmé comme tel. Même si la question n’est pas de mesurer qui souffre le plus : il est évident que le ressort peut être lié autant à la forme physique qu’au moral d’une personne.

En attendant, je pense que nous ne pouvons jamais préjuger des capacités positives ni des invalidités de qui que ce soit. Dans la mesure où nous accueillons des personnes en détresse, il est préférable d’éviter de sanctionner ou de revictimiser un/e survivant/e qui vienne nous demander de l’aide. Que nous soyons trompé/es au passage ne blessera que légèrement notre amour-propre et nous ne sommes pas chargé/es de faire la police.

Tout ce que je sais, c’est qu’un criminel qui abuse d’un enfant ou viole une femme, a lui (elle) toujours la liberté de se retenir et de ne pas commettre son crime, surtout la première fois qu’il le fait, même en ayant été violé et abusé (comme je l’ai été moi-même) dans l’enfance.

Victor Khagan 2014

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Published by VICTOR KHAGAN - dans victorkhagan
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